Projection du film

Publié le 23 mai 2017

Eau argentée, Syrie autoportrait de Ossama Mohammed
et Wiam Simav Bedierxan

Ossama Mohammed

Ossama Mohammed est un talentueux cinéaste syrien, l’un des seuls – le seul ? – identifié sur la carte des festivals de cinéma dans le monde, et en particulier Cannes. Comme pas mal de cinéastes africains de sa génération – Sissako par exemple – il a étudié le cinéma à Moscou, avant de réaliser des films avec beaucoup de parcimonie – trois longs métrages dont celui-ci (cas très particulier), un tous les vingt ans – quelques courts métrages car, on s’en doute, il ne doit pas être très facile de faire des films en Syrie. Son premier, Étoiles du jour, avait été découvert à la Quinzaine des réalisateurs en 1988, le second, Sacrifices, également montré à Cannes en 2002. Des films lyriques et poétiques, politiques aussi comme pouvaient l’être ceux de Paradjanov.

Ossama Mohammed s’est réfugié en France depuis mai 2011, dans l’impossibilité de retourner dans son pays après avoir participé à une table ronde pendant le Festival de Cannes sur le thème « cinéma et dictature. »

De son exil parisien, il suit la révolution et la terrible répression qui ensanglante la Syrie. Il en fait un film, Eau Argentée, Syrie autoportrait, qui est constitué d’une multitude d’images prises avec des téléphones portables, postées sur Youtube ou ailleurs. « En Syrie, les youtubeurs filment et meurent tous les jours. Tandis que d’autres tuent et filment. À Paris, je ne peux que filmer le ciel et monter ces images Youtube, guidé par cet amour indéfectible de la Syrie. De cette tension entre ma distance, mon pays et la révolution est née une rencontre » déclare le cinéaste. Cette rencontre est d’Ossama Mohammed et de Wiam Simav Bedierxan, une jeune femme d’origine kurde qui a filmé la ville de Homs sous les bombes. Le film est l’histoire de ce dialogue par images interposées, mais aussi de bien d’autres choses : un monologue poignant sur l’exil, une réflexion sur le cinéma et le pouvoir de l’image. Le film recueille aussi bien des images des opposants et de témoignages des atrocités commises par le régime de Bachar el-Assad contre son peuple, que des images filmées par les tortionnaires eux-mêmes des supplices infligés à leurs prisonniers. Les images des victimes et les images des tueurs, avec des scènes insoutenables de cadavres de civils et d’enfants, d’humiliations et de tortures. Au-delà du documentaire et même du film essai, une œuvre de cinéma importante capable à partir d’une tragédie majeure de notre époque (150 000 morts et 6,5 millions de personnes déplacées depuis mars 2011) d’élaborer une mosaïque d’images et de sons qui explore avant tout la puissance du cinéma, comme force de résistance et d’oppression, par un cinéaste poète qui questionne la notion même de l’acte de filmer et d’associer une image avec une autre, une image et un son, sans oublier la notion d’auteur – le film est celui de tout le peuple syrien, d’un homme et d’une femme qui ne se sont jamais rencontrés. Olivier Père – Arte.